DAF architecte plombier

Les effets en chaine de l’épidémie de COVID posent plus que jamais la question de la manière pour les organisations à devenir plus agile.

Dans un article éclairant sur la transformation Digitale publié ces derniers jours sur son profil Linked-in, Vincent Champain, le CDO et Digital Transformation Officer de Framatome, pose le sujet de la transformation avec la question, si importante, du “Comment”. Pour reprendre ses termes évocateurs : « Faut-il conduire la transformation de l’entreprise en plombier ou en architecte ? »Question stratégique à enjeux financiers réels, par les temps qui courent.

Vous êtes nombreux à avoir budgété pour 2020 des investissements pour améliorer vos systèmes, digitaliser vos processus ou votre front client, capitaliser sur vos données…

Ce début d’année vous pose surement la question : faut-il renoncer à vos investissements stratégiques pensés en architecte pour rendre votre organisation adaptable, collaborative et à son aise dans un environnement aux changements accélérés ? Est-il plus raisonnable pour protéger prudemment votre trésorerie, de réaliser seulement les investissements qui s’imposent et adapter l’entreprise « en plombier », en attendant de voir ?

Le Directeur Financier acteur majeur de la transformation vers plus d’agilité dans beaucoup d’ETI se pose peut-être la question : faut-il tout arrêter ? Qu’est-ce que cela veut dire concrètement pour cette année ?

Pour illustrer qu’il s’agit davantage d’une question d’approche que d’une question strictement financière, nous allons prendre un exemple ou justement le Directeur Financier n’a pas le choix de l’investissement.

Cela concerne une obligation règlementaire : celle qui s’impose aux sociétés cotées au 1er janvier 2021 pour la publication de leurs comptes 2020.

En effet, celles-ci ont l’obligation, à l’instar de leurs 5300 homologues européennes, d’adopter un nouveau format d’échange dématérialisé de leurs comptes sociaux.

Le standard ESEF (European Single Electronic Format).

Les banques et les Assurances françaises ont déjà répondu à une contrainte ressemblante ces dernières années, permettant aux régulateurs de collecter et d’analyser plus facilement leurs données.

Un champion français de la discipline, l’éditeur de logiciels Invoke, a pris le rang d’acteur mondial de référence sur le sujet, après 25 ans de travail acharné pour l’éditeur Rouennais.

Donc s’agit-il pour les sociétés cotées de traiter cette obligation règlementaire en investissant « en plombier » sur une solution permettant de « liquider » le sujet à moindre cout ?

Disons-le : c’est à notre avis une occasion manquée de penser l’avenir en architecte, et de s’adapter à un environnement en mutations (très) accélérées. Revenons à notre exemple.

Le reporting ESEF s’appuie sur un nouveau format d’échange de données.

Pour le dire schématiquement, il est question de contenu (les comptes de l’entreprise), de format d’échanges de ce contenu (tous les rapports financiers annuels devront être publiés sous la forme de page web au format xHTML, standard de présentation), et à l’intérieur de ces documents les états financiers consolidés en normes IFRS devront être « étiquetés » au format XBRL (standard d’organisation des données).

Pour faire une analogie, ces étiquettes ou tags sur les données financières, permettent de les classer, organiser, analyser beaucoup plus facilement, à l’image de votre smartphone qui vous classe les photos et vous propose des albums thématiques en fonction de critères associées à la photo (tags) au moment où elle est prise. L’utilisation d’une taxonomie/syntaxe unique permet ensuite des comparaisons entre entités européennes (Le Single de ESEF).

Le champ que cela ouvre est important ; présentation de données (ici reporting) quasi « holomorphique » et parfaitement adaptable, analyse simplifiée par un régulateur, une maison mère, un groupement professionnel sectoriel permettant des benchmark… ou encore alertes automatisées sur n’importe quel critère par exemple,…. Cela n’a pas l’air de grand-chose : parler en aux contrôleurs de gestion, ou aux consolideurs que vous connaissez.

Parmi les autres opportunités « offertes » par cette contrainte pour une entreprise : celle d’analyser sa communication financière. Les sociétés pourront, dans le cadre de l’ESEF, ajouter des indicateurs alternatifs de performance qui sont spécifiques à leur secteur ou à leur entreprise, pour les besoins de leur communication. A l’heure de la RSE c’est peut-être une bonne idée de se démarquer. Le collectif des jeunes polytechniciens qui a signé un manifeste pour dire qu’ils ne travailleraient pas pour des entreprises socialement irresponsables, ou Nicole Notat qui a créé Vigéo autour de ces idées il y a déjà de nombreuses années doivent s’en féliciter.

Au-delà de la question de ce que l’on communique dans un environnement plus ouvert qui peut sembler secondaire, l’ESEF offre aussi la possibilité d’expérimenter un autre sujet très important pour demain : certaines offres du marché, laissent un module ouvert à leur agence de communication, pour que les équipes internes et les équipes de l’agence partagent la même technologie et travaillent en temps réel sur les mêmes supports de travail : une réelle opportunité d’expérimenter le co développement, l’intelligence collective avec ses partenaires dans un éco-système rendu plus ouvert et communicant par la technologie.

Est-ce que ces questions sont un luxe pour les entreprises françaises dans la compétition mondiale ?

Certainement pas puisque la France et l’Europe rattrapent leur retard par rapport au reste du monde. Faut-il juste traiter la contrainte pour arriver au niveau des compétiteurs étrangers qui l’ont fait avant nous ou profiter de l’opportunité d’aller plus loin et de reprendre une longueur d’avance ?

N’y a t il, à l’image de cet exemple, un chemin par l’expérimentation, ou un court terme audacieux et concret vient au service d’une vision plus long terme, en l’informant par des faits et des retours d’expérience concrets.

N’est-ce pas aussi une question que nos pouvoirs publics peuvent se poser dans la manière de faire face aux défis très grands auxquels ils sont confrontés ?

Alors pour vous, ce sera « Plombier ou Architecte » ? ou « Plombier et Architecte » ?

 2ème question de la série : 3 questions pour un DAF par temps incertain

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